Taranaki sous la pluie (et autres informations)

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Après 2 jours et demi superbes dans la région de Taranaki, il est temps d’affronter la météo capricieuse de la côte ouest -aggravée parfois par la capacité de Taranaki de bloquer les nuages juste autour de lui ! Pour preuve, si la zone côtière de la région compte en moyenne 2500 mm de précipitations par an, le sommet, lui, en subit 7000 mm !

Inutile de préciser que nous serons donc désormais privés de la magnifique vue sur la montagne sacrée pour le reste de notre séjour.

La légende du Taranaki

Le Mont Taranaki était autrefois connu sous le nom de Pukeonaki, et se tenait sur le Plateau Central non loin de Turangi, en compagnie de Ruapehu, Tongariro, et Pihanga. Taranaki et Tongariro tombèrent tous deux amoureux de Pihanga. Ils se provoquèrent en duel, mais Tongariro fut le plus fort. Taranaki, emportant avec lui les cicatrices de cette bataille des titans, s’enfuit vers l’ouest, creusant ce qui est aujourd’hui le lit de la rivière Whanganui.

N.B : De multiples variantes de cette légende maorie existent -tradition orale oblige. Dans l’une d’elle, Taranaki était le mari officiel de Pihanga, et il surpris Tongariro et Pihanga durant leurs ébats. Dans une autre, Tongariro et Taranaki étaient les vainqueurs d’un premier combat à 4, comprenant aussi Ruapehu et Ngauruohe. Dans une autre encore, c’est aussi à 4 qu’à eu lieu la compétition entre titans, mais avec Tauhara et Pūtauaki. Enfin, certaines variantes voient en la rivière Whanganui les larmes versées par Taranaki durant son chemin vers l’exil.

…et sa géologie

Pour les géologues, c’est plus simple : Taranaki est le plus jeune volcan de sa chaîne volcanique, entré en éruption pour la première fois il y a environ 130 000 ans. Si son cône s’est au moins 5 fois effondré et reconstitué depuis, ont en tout cas été relevées des traces d’une éruption majeure environ tous les 500 ans, et d’éruptions mineures environ tous les 90 ans.

Boucler la boucle : retour à New Plymouth

À l’occasion de notre repassage à New Plymouth après avoir fait le tour du Taranaki, nous en profitons pour passer à deux endroits laissés de coté :

  • Le Govett Brewster Contemporary Art Museum, galerie d’art contemporain dont l’extérieur est déjà en lui-même conceptuel puisqu’il reflète les façades alentours ;
  • La Taranaki Cathedral St Mary’s Church, plus ancienne église en pierre de Nouvelle-Zélande, sacrée cathédrale en 2010 ;
  • et un retour au Puke Ariki pour prendre le temps de s’imprégner de l’exposition temporaire « Home Work – Taranaki Art 2017 », dont les œuvres des artistes de la région nous laissent bouche bée.

Le passage dans les rues de la ville en journée, en particulier devant la tour de l’horloge, nous font revoir notre premier jugement sur la ville : il existe véritablement des beaux bâtiments à New Plymouth, y compris sur Devon Street ! Ce qui ne rend la ville que plus agréable encore…

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New Plymouth : horloge et centre d’art contemporain

Egmont ou Taranaki ?

Lorsque James Cook est arrivé dans la région en janvier 1770, il nomma Mont Egmont l’imposante montagne qui s’érigeait devant ses yeux. Ironie de l’histoire : son patron, le Lord de l’Amirauté John Perceval, 2nd comte d’Egmont, mourut en décembre de la même année avant d’apprendre la nouvelle.

Or, les maoris de la région nommaient le mounga Taranaki depuis bien longtemps (de tara = montagne et naki = brillant). Ils lui accordaient d’ailleurs une forte valeur spirituelle et une importance divine, le consultant et interprétant ses signes. Ils n’avaient d’ailleurs pas tord : le mounga affecte bel et bien la géographie et la météo de la région qu’il domine !

Depuis 1985, après des générations de revendications maories, les deux noms coexistent officiellement sur les cartes -du moins pour la montagne. S’il subsiste toujours des dissensions sur le rôle à accorder aux maoris dans la gestion du Parc National Egmont (à ce jour : aucun), il semble que c’est bel et bien le nom de Taranaki qui est aujourd’hui prononcé par la population pour nommer le mounga.

Sources : Puke Ariki Museum & http://taranakimounga.nz/about-taranaki-mounga/history/

North Egmont Visitor Centre

Point de départ du trek de 8h vers le sommet du Taranaki, mais aussi de multiples randonnées dont la durée varie de 10 minutes à 4 jours, le North Egmont Visitor Centre est accessible depuis la route qui bifurque à partir d’Egmont Village vers les pentes du Taranaki.

Nous concernant, ce sera raté pour les randonnées : une petite alerte météo heavy falls pour la journée du samedi 1er juillet nous contraint à déroger à nos découvertes. À la place, nous découvrons l’exposition sur le Taranaki présente dans le centre, intéressante même si nous en avions déjà appris beaucoup au Puke Ariki de New Plymouth et au Dawson Falls Visitor Centre. Mais il est toujours bon de confronter les versions ! 😉

Egmont National Park

Historiquement, le parc national Egmont fut le deuxième de Nouvelle-Zélande (après Tongariro), créé dès 1900 pour freiner la progression des fermes aux dépends du bush, dans cette région où l’herbe est naturellement verte 10 mois dans l’année. Le parc couvre alors un diamètre de 9,6 km (6 miles, le système métrique n’ayant été adopté qu’en 1969) à partir du sommet. Aujourd’hui agrandi, une simple vue satellite nous permet de constater ses bienfaits : la couleur verte autour des 33 000 hectares du cône formé par le parc national n’est pas vraiment la même que celle des fermes environnantes…

En 1978, par le Mount Egmont Vesting Act, le gouvernement rend symboliquement le Taranaki aux iwi (tribus) maories de la région, qui en échange l’ont « offert à tous le peuple de Nouvelle-Zélande » en émettant simplement le souhait que son nom originel soit restauré. Le parc national est donc depuis géré par le gouvernement -en l’occurrence, depuis sa création en 1987, par le Department of Conservation (DOC) / Te Papa Atawhai.

Puisqu’il n’est pas décemment possible de faire la moindre ballade avec cette pluie (pas même celle de 10 minutes), et que de toute façon toute notion de point de vue tombe à l’eau (!!), nous partons camper sur Stratford : camping avec piscine intérieure chauffée (tant qu’à être mouillé…) et lounge, pour $18 par personne.

Hawera

Nous reprenons donc le lendemain la route vers Hawera, ville la plus au sud de la Surf Highway, pour admirer sa Water Tower, son château d’eau. Il est possible d’y monter moyennant $ 2,50, mais le ciel étant toujours couvert cela ne nous semble pas nécessaire. Le château d’eau en lui-même fut bâti en 1914 suite à un énième incendie de la ville, afin d’offrir une pression d’eau adéquate après que les assureurs aient exigés des améliorations des moyens de lutte contre le feu.

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Hawera : Water Tower et le long de High Street

Nous sommes aussi passé au Tawhiti Museum (une chance, celui-ci n’étant ouvert que les dimanches lors de la saison hivernale). Celui-ci retrace sous forme de dioramas ou de modèles réduits très détaillés quelques scènes de la vie dans les années 1830 à 1900. $15 l’entrée quand même. Les premières pièces évoquent l’exploitation du charbon et le chemin de fer. Puis l’on passe à l’importance des exploitations agricoles pour les habitants de la région. Les deux dernières pièces sont centrées sur les maoris : les « guerre des mousquets » tout d’abord, guerres inter-tribales entre maoris durant les années 1820 avec en toile de fond le commerce des armes à feu avec les européens, qui a exacerbé des tensions anciennes, provoqué des massacres de tribus entières et déstabilisé les lieux où vivaient d’autres (dès lors qu’une tribu avait acquis des armes à feu, soit sa rivale faisait de même, soit elle était vouée à l’extinction ou à l’esclavage…), et bien sûr les guerres de terrain entre maori et pakeha de 1860-1880.

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Tawhiti Museum

See you, Taranaki

Ainsi s’achève notre visite de la région de Taranaki, et par là même nos découvertes en Nouvelle-Zélande. Enfin, presque : le temps d’échanger notre fidèle destrier contre un campervan de location, et à nous l’hiver sur nos spots favoris de l’Île du Sud ! 😉

hawera plage chaise camping
En haut de la plage d’Hawera avant de quitter la région

Tentative de bilan sur la région de Taranaki

Il nous semble que la région de Taranaki occupe un statut particulier pour le pays, et sur l’Île du Nord plus précisement. Oh, bien sûr, chaque région à ses spécificités, et le Northland n’y échappait pas. Mais ici, on semble comme pris en tenaille entre ce passé, lourd, symbole des confiscations de terres ayant mené aux guerres du Taranaki, symbole aussi du fermier tout-puissant d’un coté, et de l’autre cette montagne étincelante, ce mont qui resplendit et fait régner son aura sur les alentours, ce volcan apaisant mais au potentiel destructeur. Au milieu, New Plymouth, ville qui semble désormais accorder une place importante à l’art, si possible sujet à débat (d’abord la Wind Wand, devenue un symbole après avoir été décriée, puis la galerie d’art moderne et le développement des fresques murales), semble être un parfait endroit où vivre.

Sauf, nous concernant, qu’il n’y a pas ou peu de petit boulot pour les backpackers ici, puisque situé à l’écart de la principale desserte touristique incompréhensible qui traverse l’Île du Nord du nord au sud sans sous soucier de son est et de son ouest…

Et donc, le camping fin juin / début juillet ?

Bien qu’on ne soit plus dans le « Winterless Far North », la découverte à travers la région de Taranaki est tout à fait concevable en ce début d’hiver avec des journées entre 13 et 15°C. La nuit, la température descend à 2-3°C : les free-camp deviennent donc délicats, dans la mesure où seule une bonne douche bien chaude nous permet de nous réchauffer avant d’aller au lit. Une cuisine fermée fait aussi partie des exigences minimales* puisque cuisiner avec le réchaud portatif est aussi assez complexe, pour peu qu’il y ait un petit vent et l’eau ne boue plus. Un camping avec lounge devient un luxe indispensable lorsqu’il se met en plus à pleuvoter.

Le matin, la condensation s’en mêle encore plus que durant la saison d’été : même avec une fenêtre entre-ouverte, le pare-brise est littéralement inondé de l’intérieur. Nous nous rassurons en constatant qu’il en est de même pour nos voisins -bien que les backpackers en voiture se fassent de plus en plus rare, au profit des camping-car. Quand au miel de bush (Olivier) et au Nutella (Amandine), il sont plutôt difficile à tartiner au petit-déjeuner !

*N.B. : Pour la première fois, nous avons bloqué en écrivant cet article. En effet, nous avons mis prêt d’une minute à nous rappeler comment dire « minimum requirement » en français ! On y arrive enfin ! 😉