Après Ottawa, nous entrons véritablement dans la Province de l’Ontario, la plus large et la plus peuplée (14,5 millions d’habitants) des provinces du Canada. Ceci étant, en effectuant la traversée de l’est vers l’ouest, nous évitons pour cette fois le bassin de vie de près de 3 millions d’habitants autour de la métropole de Toronto.

- Étape 1 : d’Ottawa/Gatineau à Mattawa (303 km)
- Étape 2 : de Mattawa à Sault-Sainte-Marie (405 km – env. 5h30)
- Étape 3 : de Sault-Sainte-Marie à Wawa à travers le Parc provincial du Lac-Supérieur (219 km – env 2h20)
- Étape 4 : de Wawa à Thunder Bay (483 km – env 5h20)
- De Thunder Bay à la frontière avec le Manitoba, il restera encore 544 km (env. 5h50 !)

D’Ottawa à Sault-Sainte-Marie
La route TransCanada, nommée ON-17 sur sa portion ontarienne, passe au nord du Parc provincial Algonquin. Assez vallonnée, elle longe par-ci des étendues d’eau, par-là des forêts de sapins.

Plusieurs petites villes jalonnent le parcours : après une nuit (à se faire bouffer par les moustiques) dans un charmant camping en bord de lac situé à la sortie de Mattawa, nous passons North Bay puis Sudbury, connue pour sa mine de nickel, la plus grosse en Ontario.

La route 17 s’éloigne ensuite un temps des lacs et devient moins intéressante, d’autant plus qu’elle est désormais limitée à 90km/h -voire parfois 70km/h… Soit une éternité pour parcourir les 492 km de l’étape du jour vers Sault-Sainte-Marie ! À noter quand même que nous passons à proximité de l’île Manitoulin, sur le Lac Huron, soit la plus grande île lacustre au monde, qui mériterait probablement qu’on s’y arrête. On ne peut pas tout voir !
Si on avait pensé traverser du vide, il n’en est rien : de nombreux villages se succèdent, dont le nombre d’habitants ferait rougir les petites villes de Terre-Neuve. Aucun problème pour accéder à des stations essence ou à des cafés Tim Hortons, donc. 😉
Sault-Sainte-Marie
Peu avant Sault-Sainte-Marie se trouve Echo Bay, dont la renommée tient à la sculpture du plus gros « loonie » (anglais) ou « huard » (français) au monde, soit le petit nom affectueux de la version en circulation de la pièce de 1CA$, dont la première édition date de 1987.

Sault Ste. Marie est la principale ville du secteur coté Ontario et la troisième plus grande de l’Ontario du Nord (73 000 habitants) ; elle fait face à son homonyme aux États-Unis : Sault Ste. Marie au Michigan. Pour s’y rendre, il nous aurait suffit de traverser la rivière Sainte-Marie par le pont International Bridge, visible de loin !
Nous ne nous aventurerons pas coté américain, mais nous dirigeons directement vers le Lieu historique national du Canal-de-Sault Ste. Marie. La construction du canal, achevée en 1895, permettait alors de relier directement l’Océan Atlantique à Thunder Bay, via le fleuve St-Laurent (Québec, Montréal) et le Lac Supérieur. Plus longue écluse au monde lors de sa mie en service, elle était aussi la première à fonctionner à l’électricité, alors produite directement sur place. L’aménagement actuel ne sert plus qu’à de fins récréatives, le trafic utilisant directement le fleuve aménagé depuis 1959.

Au départ de l’écluse, le sentier Attikamek nous amène sur 2 km dans une zone humide et passe sous le pont International Bridge. Rapide et agréable, même si la centrale électrique à pétrole gâche un peu le paysage et les sonorités de la faune (tamia, écureuils, oiseaux) !


Avant la nuit au camping (hors de prix, 65$ sans taxes!), nous marchons sur le Sault Ste. Marie Boardwalk qui offre une vue sur la côte états-unienne. Plusieurs pêcheurs lancent leurs lignes depuis le chemin en bois.

Parc Provincial du Lac-Supérieur
Nous longeons le Lac Supérieur, plus grand lac d’eau douce liquide au monde avec une superficie de 82 414 km2, et le troisième plus important en volume ! (sa profondeur maximale de 406 mètres ne rivalisant pas avec celle du lac Baïkal, pourtant 3 fois plus petit en superficie). On reste ébahis devant l’horizon bleuté lorsqu’on réalise que devant nous se trouve 10% de l’eau douce de la planète !

1h30 après avoir quitté Sault-Sainte-Marie se trouve l’entrée du Parc Provincial du Lac-Supérieur (Lake Superior Provincinal Park), géré par Ontario Parks. Contrairement à leurs homologues québecois de la Sepaq, le droit d’accès peut s’acheter ici pour 2 heures ou 4 heures, pas seulement à la journée.
Peu après l’entrée, le court (400 m) sentier Agawa Rock Pictographs nous mène au bord des eaux de la baie d’Agawa. L’accès est réputé dangereux par temps pluvieux ou lorsque le lac est agité : on comprend rapidement pourquoi puisque la roche entre la paroi et l’eau est très étroite, et déjà pas mal glissante par temps sec. Les pictographes en eux-mêmes ont été peints à l’ocre rouge il y a 150 à 400 ans par le peuple objiwé. Ce dernier fréquentait déjà les lieux depuis probablement 2 000 ans. Le moyen de transport principal à l’époque étant le canot, nous réalisons vite qu’il faudrait davantage de recul pour pouvoir véritablement admirer les peintures depuis le large.



8 minutes de route plus loin, pause repas sur les tables prévues à cet usage devant les chutes de Sand River.

Puis nous arrêtons à Old Woman Bay, et optons pour le sentier Nokomis (5 km, environ 2h) qui offre une vue magnifique sur le lac et la forêt. Si les sapins, caractéristiques de la région forestière des Grands Lacs, sont nettement dominants, on est ici à la frontière avec la forêt boréale, dont on perçoit parfois les essences typiques.


Pour un parc provincial dont on ignorait jusqu’à l’existence 24h avant d’y mettre les pieds, on ne peut qu’être subjugués ! Alors, oui, on a avancé moins vite que prévu, mais enfin, il faut savoir profiter un peu : clairement un incontournable dans la longue traversée de l’Ontario ! 😉

Nuit à Wawa, 3 000 habitants, située à la sortie du Parc Provincial, où les deux sculptures d’oies géantes sont chargées de l’accueil.

En direction de Thunder Bay
Et l’on reprend la route en direction de Thunder Bay, ville qui nous semblait jusqu’alors se trouver à la frontière ouest de l’Ontario. Légère erreur d’appréciation, à 550 km près ^^
Passé Wawa, on quitte durant 200 km la rive nord du Lac Supérieur avant de la retrouver au niveau de Marathon.
Entre les deux se trouve White River, le lieu où l’histoire de Winnie l’ourson commença le 24 août 1914. C’est en effet à la gare de cette ville que le lieutenant Harry Colebourn, en partance pour l’Europe, décida d’acheter un ourson noir orphelin à un trappeur. Il le nomma selon sa ville natale : Winnipeg (Manitoba). Laissé en gardiennage au zoo de Londres durant le conflit mondial, il devint très apprécié des visiteurs, dont un petit garçon qui s’amusait à le nourrir de miel… On connaît mieux la suite de l’histoire !

Nous sommes au cœur du Northern Ontario : parfois pas de réseau cellulaire, la route passe entre les rochers de grès rose typiques du Bouclier Canadien. Si le Northern Ontario représente 87% de la superficie de la province, il n’abrite que 7% de sa population !
Peu après Neys, nous nous installons pour une collation au bord d’un point de vue. Sur la voie ferrée en contrebas passent deux longs train de marchandises, au double niveau de containers et à la longueur impressionnante dépassant allégrement le kilomètre !


Les chutes d’Aguasabon Falls, au bord de la route 17, permettent de faire une petite pause sur la route qui semble interminable. On est toujours à 90km/h…

Une trentaine de km avant Nipigon, les vues sur le Lac Supérieur sont à nouveau agréables à l’œil. La petite ville au bord de la Nipigon Bay dispose d’un waterfront propice pour se dégourdir les jambes.

Passé Nipigon, la route devient un temps particulièrement laide, entre carrières et camions. Plusieurs écarts la rendrait bien plus plaisante, mais on ne peut hélas pas s’arrêter partout vu la taille du pays : si le Parc national Pukaskwa et le Parc provincial Sleeping Giant nous font de l’œil, nous décidons de continuer. La règle, il en faut bien une quand on traverse le second plus grand pays du monde : pas de détour supérieur à 10 km.

Nous voici donc arrivé à Thunder Bay, à l’extrémité ouest du Lac Supérieur : à suivre !
Eh bien, quelle belle aventure. Vous convoyez les 100 chevaux de votre voiture à travers tout le continent ! Quand même, un monument à la gloire du dollar…Faut-il être nord américain pour avoir une idée pareille ! 🙂
J’apprends pleins de choses sur ce coin du Canada dont on ne parle pas souvent. Merci !