Escapade en Chaudière-Appalaches

Profitant d’un séjour offert gratuitement dans le cadre d’un échange inter-hôtels (les avantages de travailler en hôtellerie!), nous partons deux jours dans la région voisine de Chaudière-Appalaches.

Située à la limites entre les régions administratives de Chaudière-Appalaches et de Centre-du-Québec, nous découvrons des paysages enneigés entre petits villages agricoles et une ancienne région minière, à moins de 1h30 de Québec.

De Plessiville à Saint-Ferdinand

Empruntant l’autoroute 20 à l’aller, commençons par un arrêt bouffe dans la MRC de l’Érable et la belle découverte de la chaîne de restauration L’Oeufrier, dont l’arrêt vaut rien que pour les noms de leurs plats !

Plessiville

La petite ville de Plessiville, 6 700 habitants, avait initialement attiré notre attention par sa petite chute d’eau. Raté, le barrage sur la rivière est muet en cette saison. Mais le Parc de la rivière Bourbon est quand même bien agréable sur les deux rives pour une promenade digestive.

Parc de la rivière Bourbon – Plessiville
Parc de la rivière Bourbon – Plessiville
Parc de la rivière Bourbon – Plessiville
Parc de la rivière Bourbon – Plessiville

Nous stoppons pour la nuit à Saint-Ferdinand, au bord du Lac William, et profitons du spa extérieur d’un hôtel que nous n’aurions jamais pu nous offrir ! Le saupoudrage de neige ajoute une note poétique dans la nuit au bord du lac gelé.

Lac William – Saint-Ferdinand
Le Lac William sous une couche de neige

Raquette aux 3 Monts de Coleraine

L’activité phare de notre séjour, c’est la montée en raquettes sur le Mont Caribou, qui culmine à 558 mètres. Situé sur le ban de la commune de Saint-Joseph-de-Coleraine, les Sentiers pédestres 3 Monts – Réserve écologique de la Serpentine-de-Coleraine proposent plusieurs itinéraires de randonnée.

3 Monts de Coleraine – Secteur Vimy

Vaguement inquiets en raison d’une météo brumeuse au matin au bord du Lac William, nous sommes finalement vite rassurés : on aura bien des conditions nous permettant au mieux de profiter des points du vue, comparée à notre rando-raquette au Parc du Massif du Sud (Mont Chocolat) l’an passé ! Le soleil se pointe, et le vent fait valser les nuages ! Bon, qui dit soleil et absence de nuages dit temps frette, mais qu’à cela ne tienne : avec une sous-couche thermique et autres vêtements adaptés, aucun problème pour affronter le -17°C du jour.

Bien que très modeste, cette randonnée de 4,2 km aller-retour vers le mont Caribou et son dénivelé de 168 m offre de très belles vues sur le paysage Thetfordois. 1h10 de marche à l’aller en prenant pleinement le temps de profiter de l’air frais, de la neige, de la vue, et du plaisir d’être absolument seuls dans le secteur. Au sommet, nous sommes intrigués par plusieurs amoncellements dont Olivier dira « on dirait des morceaux d’Islande ». Nous apprendrons quelques heures plus tard que ce sont des résidus des mines, que l’on les appelle des haldes. (À lire ci-dessous, donc !)

Au sommet du Mont Caribou

La descente est vraiment rapide, compter autour de 30 minutes. Non non, pas sur les fesses, mais bien toujours sur les raquettes à profiter des fameux « fantômes de neige » que sont les sapins enneigés.

Au sommet du Mont Caribou
Au sommet du Mont Caribou

Thetford Mines : une ville au rythme de l’amiante

On quitte le plein air pour la principale ville du secteur (26 000 habitants). L’histoire de Thetford Mines est intimement liée à l’exploitation des gisements d’amiante chrysotile environnants, dont elle fut l’un des plus grands centres d’exploitation au monde.

Curieux d’en apprendre davantage et ayant un peu de temps avant de rentrer, nous stoppons au musée Minéro -une fois n’est pas coutume, ouvert même en cette saison. Celui-ci relate l’histoire de l’exploitation de « l’or blanc », fierté de toute la région durant plus d’un siècle.

Connu pour ses propriété isolantes et ignifuge, l’amiante fut longtemps utilisée dans des secteurs aussi divers que le bâtiment, les fours de cuisson, l’automobile ou encore l’habillement. Le musée expose plusieurs objets réalisés avec ce matériau fibreux : vêtements résistants au feu, fer à repasser, feuilles de papier résistances au déchirement, fil à tisser, etc. Une découverte hallucinante pour nous qui sommes de la génération où, en Europe, amiante à toujours été synonyme de scandale sanitaire ! (interdiction en Islande dès 1983, en France en 1997 et dans toute l’Union Européenne en 2005)

Mais revenons au Québec ! C’est en 1876 qu’est découvert un gisement d’amiante chrysotile dans la région, dont on commence l’exploitation l’année suivante. Le petit village de Kingsville fondé en 1892 deviendra en 1905 la ville de Thetford Mines, longtemps surnommée la capitale mondiale de l’amiante. Dès lors, toute une région vivra au rythme du minerai fibreux : ainsi de la colonisation de la région, ainsi des fermetures de petites compagnies d’exploitation absorbées par des grosses industries, ainsi des « grèves de l’amiante » de 1949 et 1975 qui feront évoluer le droit du travail de toute la province.

Et pour laisser place aux immenses puits à ciel ouvert permettant d’extraire ce minerai, tout était permis : assèchement du lac Black Lake, détournement de la rivière Becancour, et même déplacement répété de tout un quartier de la ville. En effet, le quartier Saint-Maurice fut déplacé pour permettre l’agrandissement des mines d’amiante, une première fois en 1953, puis une seconde en 1970-73. En témoigne aujourd’hui au musée une statue ornant l’ancienne église qui, à défaut de pouvoir être déplacée, fut démolie par le feu.

Avec le bannissement de l’amiante dans un nombre croissant de pays à partir des années 1980 en raison de maladies pulmonaires, l’économie thetfordienne commence son lent déclin. Le Canada lui-même l’utilisera de moins en moins dans les constructions, et, outre la fin du dynamitage, les mesures de particules d’amiante dans l’air deviendront régulières autour des bassins miniers. Les dernières mines de Thetford fermeront définitivement en 2008 et 2012, alors que la demande mondiale d’amiante est au plus bas avec seuls quelques pays d’Asie qui en restent demandeurs. Ce n’est pourtant qu’en 2018 que le Canada interdira le commerce et l’exportation de l’amiante !

Bien que sinistrée économiquement, Thetford Mines a depuis relevé le formidable défi de diversifier son économie et de maintenir sa population… Signe des temps, en 2008, la municipalité régionale de comté de L’Amiante dont fait partie Thetford Mines est devenue la MRC des Appalaches ; et la ville minière voisine d’Asbestos (amiante en anglais) est connue depuis 2020 sous le nom de Val-des-Sources.

Aujourd’hui, les marques de ce siècle d’exploitation font partie intégrante du paysage de la Vallée de L’Amiante : une cinquantaine de haldes, immenses amoncellements de résidus des mines ressemblant presque à des volcans (quant on vous disait que ça avait un air d’Islande), entourent la municipalité. On parle de 800 millions de tonnes de résidus. D’une forte teneur en magnésium, son extraction n’est aujourd’hui pas économiquement viable malgré plusieurs tentatives, mais le secteur minier n’a peut-être pas encore dit son dernier mot…

Nous quittons le secteur Thetfordois en même temps que le soleil du jour, passant cette fois par les routes enneigées de la campagne de Chaudière-Appalaches qui traversent plusieurs petits villages agricoles… avant de traverser le fleuve pour rejoindre la Capitale-Nationale !

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