Et nous voici donc parti pour notre périple de 3 000 km le long de la côte Atlantique sud-américaine avec « le bus magique de l’ambassade », comme on l’appelle entre français !
L’occasion de mettre une tête et une voix sur les 5 français avec qui nous échangions depuis quelques jours et qui, comme nous, trouvent plus raisonnable de monter à bord. Nous sommes entre 30 et 40 personnes au départ de l’auto-proclamé « bout du monde ».
C’est précédé d’une voiture de police que nous quittons Ushuaia en ce 1er avril à 2h54 du matin.
Les instructions sont claires : ce bus a été compliqué à mettre en place, et personne n’aura le droit de sortir. Personne, pas même les chauffeurs, excepté pour faire le plein d’essence.
Dès Tolhuin, premier village sur la route, le bus est arrêté et pris en photo sous tous les angles.

Frontière !
Nous continuons ensuite jusqu’à la frontière chilienne, point de passage obligé. Là aussi, les instructions sont claires : ne pas déclarer que l’on a des fruits sur le formulaire, sous peine de fouille des bagages et d’impossibilité de passer ! Arrivé à 7h du matin devant la sortie de l’Argentine, nous entrerons côté Chili à 10h. Soit 1h d’attente (la frontière n’étant ouverte qu’à partir de 8h, même en temps normal), 1h pour sortir d’Argentine, 30 minutes pour entrer au Chili, ainsi que quelques 30 minutes de route caillouteuse entre les deux, avec une nouvelle escorte. Et, toujours, nous voyons au travers des vitres les représentants de l’autorité locale en masques prendre des photos du bus ! Pour les camions qui nous doublent, le passage semble être une simple formalité -heureusement pour l’approvisionnement alimentaire de la Terre de Feu Argentine !
Terre de Feu Chilienne
Évidemment, la route change de nom le temps de la traversée du Chili, nous voici donc sur la CH257. Changement d’escorte aussi, le girophare qui nous précède quitte le bleu pour le vert clignotant rouge ;). La pertinence du panneau jaune alertant de faire attention aux guanacos se vérifie bien vite, ceux-ci traversant la route sans prévenir outre mesure ;). Mais en réalité, ce sont bien les moutons qui prédominent sur ces vastes étendues interminables de touffes d’herbes desséchées entièrement clôturées, dont seules les collines cassent la monotonie.

Détroit de Magellan
Midi : arrivée à Bahía Azul. Fin de la route, passage obligé par un ferry pour traverser le Détroit de Magellan. Une vingtaine de minutes d’attente donc pour voir arriver le ferry qui décharge ses camions. 20 minutes de traversée sur le Détroit qui a vu passer Magellan et son équipage il y a -année anniversaire- 500 ans, et qui, avant la création du canal de Panama, était l’unique route maritime permettant de rejoindre la côte ouest du continent américain… Ça permet de relativiser le temps qu’on passe nous, quand même.

13h : débarquement à Punta Delgada, nous sommes de retour sur le continent et repartons, après une attente de 10 minutes encerclés de militaires chiliens, tenues kakies et masques sur le visage.

Sortie du Chili et Province de Santa Cruz
13h50 : après 15 minutes à cotoyer les guanacos le long de la route CH255 (celle qui bifurque vers Rio Gallegos, pas celle qui continue vers pour Punta Arenas, snif…), voici revenue la frontière Chili-Argentine. Cette fois, c’est nous qui dépassons les camions. Attente. Rien ne se passe, douaniers et militaires rigolent entre eux et la frontière est bloquée pour tous pendant 20 bonnes minutes. Traversée du no-man’s land en 30 secondes, nouveau panneau PARE (STOP). Pas le choix, il nous faut re-remplir le même formulaire d’entrée en Argentine que celui fourni pour la sortie 5 heures auparavant pour attester sur l’honneur qu’on ne présente aucun symptôme du Covid-19. 55 minutes plus tard, nous revoici en Argentine sur la Ruta 3 pour les 2 600 derniers kilomètres ! Et sans escorte policière, cette fois.

Barrage routier sur la route une demie-heure plus tard, contrôle et questions au chauffeur, prise de photo du bus (mais qu’est-ce qu’ils vont faire de toutes ces photos ?? ^^)
Peu après 16h, Rio Gallegos (prononcer : « rio gachégoss ») ! Nettoyage extérieur du bus et des toilettes, nous avons finalement le droit de sortir dans la cour de la compagnie de transport. Plein d’essence, puis nouvelle prise de photos du bus par la police, et finalement arrivée de renforts policiers (9 policiers pour 54 personnes, faut bien ça) et d’une équipe de la Cruz Roja Argentina (Croix-Rouge) qui nous fait redescendre 2 par 2 pour prise de température sous le bras. On sort tous avec des températures comprises entre 32,4° et 37 °C, ce qui n’a pas l’air de les perturber… Nous repartons enfin à 18h40, rendant irréaliste les horaires suivants, mais parfait pour … l’heure de l’apéro ! (Oui, il nous reste une bière Quilmès et des cacahuètes). Forcément, on récupère une voiture-pilote de la police. La nuit tombant, on ne verra pas grand chose de plus de la Patagonie sud… :'(

Juste après 23h, nous apprenons que l’avion retour vers la France sera décalé d’une journée. Traversée du vide Patagon oblige, l’e-mail envoyé à 19h ne commence à être reçu qu’à ce moment. Une chambre d’hôtel nous sera réservé, reste à en connaître le tarif et à envisager 2 repas supplémentaires… Mais une bonne nouvelle pour nos odeurs corporelles à l’arrivée à Paris, pour recharger les téléphones, et… pour décider de la solution logement à l’arrivée ! 😉 La place dans l’avion, elle, nous est toujours assurée, en échange de la signature d’une reconnaissance de dette.
Cette nuit-là, presque tout le monde dort…
Chubut et Rio Negro
2 avril, 5h du matin. 26h et 1300km après le départ, nous atteignons Comodoro Rivadavia, avec 4h de retard sur l’horaire initial… Mais moins que l’annonce de retard faite par e-mail aux nouveaux arrivants, qui n’arrivent qu’à 6h.
9h20, le bus s’arrête sur le bas-côté au milieu de nulle part : nous sommes autorisés à descendre une dizaine de minutes. Soleil éblouissant sur la steppe patagonne aride. Il faut en profiter, ce sera peut-être la dernière occasion de soulager les maux de dos de la nuit.

11h15 : Trelew ! Dernière montée de passagers et retour d’une voiture-pilote policière.
Nous quittons la province de Chubut pour entrer dans celle de Rio Negro en début d’après-midi. L’étau policier se relâche, nos chauffeurs nous négocient une autorisation de sortir du bus à une station essence et même y entrer dans la boutique. L’occasion de regoûter les plaisirs d’une boisson chaude (dos café solo por favor) et de se rincer les mains, puisque la réserve d’eau du lavabo du bus est à sec depuis le milieu de la nuit.
Direction : plein Nord ! Vu l’heure, et hémisphère Sud oblige, nous piquons donc droit sur le soleil. Et plus nous montons vers le nord, plus ça chauffe !
Moins de 1000 km…
La nuit tombe à nouveau alors que nous passons les limites de la Province de Buenos Aires. Un demi-tour à Bahia Bianca devant une route fermée et la fin du réservoir de chasse d’eau nous préparent pour cette dernière nuit de bus. Nos provisions précuites ont tenu et nous avons roulé sans interruption prolongée ! Preuve qu’une partie plus peuplé de l’Argentine approche : nous accrochons désormais du réseau mobile pendant de longs moments.
Il est 7h du matin le 3 avril quand nous sentons le bus s’arrêter. Finalement, on arrive à dormir ! Le dos s’est habitué aussi, moins de douleurs que la veille… Nous sommes à moins de 40 km de l’aéroport international d’Ezeiza.
8h45 : Aeropuerto internacional Ministro Pistarini – Ezeiza. Nous sommes parqués sur le côté sans explication. Trop tôt pour un hôtel peut-être ?
De son côté, l’avion du lendemain a été décalé à 18h, et l’ambassade nous demande d’imprimer par nous-même le formulaire de reconnaissance de dette. Facile !
10h20 : nous apprenons que nous sommes en attente d’une escorte de police jusqu’à l’hôtel. Ça peut durer, ou pas.
10h40 : possibilité de sortir 5 par 5 pour accéder aux toilettes de l’aéroport, accompagnés d’un personnel de sécurité.
11h20 : nous apprenons maintenant que l’ambassade est en court de discussion avec la ville de Buenos Aires pour obtenir une autorisation d’entrer en ville, et donc atteindre l’hôtel qu’ils ont prévu.
12h : arrivée d’un diplomate de l’ambassade de France qui nous confirme que les autorisations sont en cours.
12h15 : on repart ! Combien de temps pour les 25km qui nous séparent de la ville ? Suspens..
Déambulation en bus dans Buenos Aires à travers des routes et des rues certes moins chargées qu’il y a 4 semaines, mais loin d’être désertes. « Quedate en Casa » (Restez à la maison) proclament malgré tout les afficheurs.
13h15 : contrôle général des passeports. Nous sommes à 400 mètres de l’hôtel.
14h : arrivée devant l’hôtel, descente du bus 10 par 10. Nous aurons droit à un repas du soir. Avion charter de la compagnie Wamos Air, affrété directement par l’État Français, le lendemain à 18h…
Bilan : 59 heures de bus, finalement moins désagréables que ce qu’on avait imaginé.. sans doute parce qu’on était déjà habitué depuis 2 semaines à ne pas bouger ! Au moins, un trajet comme ça, on n’aurait pas pu le faire dans un autre contexte 😁
19h00 – 21h00 : soirée sympa avec les français et allemands autour d’un repas et de bouteilles de vin, avant de se faire prier de rentrer… on en profite, on n’aura pas ça de sitôt !
Wahou !
» Ça nous f’ras un souvenir des vacances »
🤣🤣🤣🤣
Sacrée aventure .
À bientôt