Dawson City, pour tout l’or du Klondike !

Partons essayer de trouver à Dawson ce qu’on n’a pas trouvé à Whitehorse : l’appel du Yukon ! Mais avant, il nous faut emprunter la Klondike Highway nord, route de 530 km qui relie les deux plus grandes villes du Territoire.

Klondike Highway

16 km après la localité de Carmacks, nous rejoignons le fleuve Yukon au niveau des Five Finger Rapids. À l’époque des bateaux à vapeurs, passer ici était une manœuvre délicate, seul le chenal le plus proche de la paroi étant assez profond. Un câble avait été tiré au-dessus de la ravine, et les bateaux manœuvraient avec une poulie. Un sentier d’une vingtaine de minutes et de plusieurs dizaines de marches descend au plus près de la zone des rochers, qui se dressent fièrement sur le fleuve. Quelques mouettes et autres spermophiles arctiques (artic ground squirrel) y ont élu domicile.

Five Finger Rapids
Five Finger Rapids aujourd’hui… et il y a 90 ans !

Jusqu’à Stewart Crossing, la route est en relativement bon état, excepté quelques portions où il faut slalomer entre des dizaines de nids de poules. C’est après que ça se corse ! Des sections entières sont en travaux : concrètement, cela signifie à plusieurs reprises des routes de graviers sur 10 à 15 km -la distance n’étant jamais indiquée au préalable. Et, si l’on s’est plaint de ces longues parties de gravier, on se ravisa alors qu’un des tronçons ressemblait davantage à un champ de boue qu’à une route… Avec nos pneus en fin de vie, ça glisse !

Est-ce que Dawson vaut tout ça ? Réponse le lendemain (pour nous), et plus bas (pour vous) !

Peu avant d’arriver, un panneau indique : Arctic Ocean, à droite. C’est le début de la Dempster Highway, cette voie non-revêtue qui court jusqu’au cercle polaire. De nombreuses personnes sont à Dawson rien que parcourir ses 737 km jusqu’à Inuvik, et même au-delà, dans les Territoires de Nord-Ouest ! Prévoir des pneus adaptés et des jerricans d’essence. On va passer notre tour 😉 Nous, on aurait simplement aimé pouvoir atteindre le Parc Territorial Tombstone, mais même ces 100 km nous paraissent déjà longs… et risqués ! Spoiler : on s’en réserve une autre 😉

La Klondike Highway, ou route YT-2, mène à Dawson City

Prise de contact avec Dawson City

Nous prenons contact avec LA cité de la ruée vers l’or du Klondike, située au 64° parallèle nord, par son soleil de minuit. Si, à Whitehorse, il fait presque sombre durant 4h par « nuit », à Dawson il n’en est rien : en ce début juillet, on y voit littéralement comme en plein jour, et ce en tout temps.

Nous entrons en ville par Front Street, la seule rue goudronnée de la seconde plus grande ville du Yukon (moins de 1600 habitants). Pourquoi ne pas goudronner les autres ? Tout simplement parce que le pergélisol varie selon les saisons, empêchant à un revêtement stable de rester… stable ! Le goudron employé ici a été amené spécialement de France.

Il est minuit sur Front Street

Au plus fort de la ruée vers l’or, entre 1897 et 1898, la ville comptait 30 000 habitants. Ce n’est pourtant qu’en 1902 qu’elle a obtenu ce statut, alors que sa population avait chuté : non seulement le filon d’or « facile » s’était épuisé en 2 ans, mais également parce qu’on a trouvé de l’or non loin, en Alaska.

L’or a cependant été extrait encore jusqu’en 1966, par des moyens plus lourds : seules les grosses compagnies pouvaient alors se permettre d’investir, mettant fin à l’époque des indépendants venus tenter leur chance avec leur pioche et leur chapeau.

Et il fallait le vouloir pour arriver ici à la fin du XIXè siècle. Si nous pestons contre l’état de la route, notons bien qu’à l’époque, de route, il n’y avait pas ! Les infortunés futurs mineurs devaient venir par une succession de moyens, en bateau pour les plus fortunés, mais souvent à pied et en canots de fortune, comprenant de nombreux portages.

Organisée par Parcs Canada, la visite guidée de la ville (prévoir 1h30) nous mènent dans 3 bâtiments reconstitués, typiques de cette époque :

  • la première banque, dans laquelle ont pouvait transformer son or en liquidité estampillées « Yukon », simplifiant grandement les paiement qui se faisaient alors directement en pépites ;
  • le saloon, en activité jusqu’à ce que les lois sur la prohibition prennent effet au Yukon (le territoire étant le dernier avec le Québec à appliquer ces lois) ;
  • la poste, seul lien des habitants avec le reste du monde. Une lettre pouvant parfois mettre une année avant d’obtenir une réponse, imaginons les longues files d’attentes à l’arrivée du courrier !
Saloon reconstruit dans le style de l’époque

Il convient de déambuler à travers la ville. Nous poussons jusqu’aux cabanes reconstruites de Robert Service, poète emblématique du Yukon, et de Jack London, qui avait tenté sa chance dans la ruée vers l’or. Si celui-ci ne reviendra pas du Klondike les poches emplies de pépites, il y aura au moins trouvé l’inspiration l’ayant mené à sa carrière d’écrivain aujourd’hui célèbre.

à g. : cabane de Jack London ; à d. : cabane de Robert Service
Certains bâtiments n’ont pas été renforcés pour exposer les effets du mouvement du pergélisol sur leur structure

Déambulations dans Dawson City (photos)

Minuit au bord du fleuve Yukon
Minuit à l’angle Queen Street / Third Avenue
L’éboulement Moosehide slide est visible de la plupart des rues de Dawson
Second Avenue
Fifth Avenue
Third Avenue
Third Avenue
Third Avenue

Le SS Keno

Tout comme Whitehorse, Dawson a voulu conserver un exemplaire d’un bateau à roue arrière de l’époque. Le choix s’est porté sur le SS Keno, construit en 1922. Symbolique pour la ville de Dawson, il effectuait chaque année la première et la dernière liaison respectivement depuis et vers Whitehorse. Néanmoins, le reste de la saison, le navire à vapeur ne naviguait pas sur le Yukon mais sur la rivière Stewart, affecté au transport de la galène (minerai d’argent) entre Mayo et Stewart Crossing. Sa petite taille, sa coque à fond plat et son très faible tirant d’eau lui permettait d’assurer ces deux missions de façon idéale, sur un fleuve très peu profond par endroit.

SS Keno

Comme son grand frère le SS Klondike, le SS Keno était très gourmand en bois : 1 corde de bois par heure. Le bâtiment n’étant capable d’en stocker que 12, la British Yukon Navigation Company (B.Y.N.Co.) avait établi des contrats avec plusieurs camps de bûcherons tout le long du parcours. On imagine l’énorme impact environnemental d’une flotte ayant compté jusqu’à 200 navires entre 1866 et 1953 !

Contrairement au SS Klondike, le SS Keno était amené très régulièrement à pousser des barges, sa capacité de chargement n’étant pas suffisante.

Nous visitons le pont inférieur, comprenant la salle des machines et les quartiers de l’équipage. L’eau destinée à être transformée en vapeur, puisée directement dans le fleuve, devait être filtrée à plusieurs reprises : on réalise bien encore aujourd’hui à la couleur de l’eau qu’elle charrie un nombre important de particules de sable. Sur le pont intermédiaire se trouvent la salle à manger, la cuisine, et les cabines des passagers. Une exposition de photos est aménagée pour la visite. La ruée vers l’or, puis l’époque des bateaux à vapeurs, sont plutôt bien documentées car des nombreux journalistes et photographes furent dépêchés sur les lieux.

SS Keno : de la salle des machines à la salle à manger

Un visite bien intéressante, et complémentaire de celle du plus grand navire de la flotte qui git à la capitale.

La roue à aube arrière du SS Keno était actionnée par deux bras latéraux

West Dawson

West Dawson, minuscule localité sur la rive du fleuve Yukon face à Dawson City, fut érigée en 1899 pour fuir la surpopulation et l’épidémie de typhoïde qui faisaient rage dans les campements sauvages de mineurs installés là où se trouve désormais la ville.

Le George Black travaille sans relâche durant la saison

Nous empruntons le petit traversier sur le Yukon, le George Black Ferry, qui opère 24h/24 lorsque le fleuve n’est pas gelé. Les habitants de l’autre rive dépendent de lui. À l’approche de la saison des glaces, ils sont alertés entre 1 semaine et 48h avant la fin du service : c’est alors la course à qui fera le plus de provisions ! En effet, jusqu’à la formation d’un solide pont de glace, les résidents deviennent dépendant… de l’hélicoptère : compter 275$ la traversée ! Et, entre la fin du service du traversier et la formation du pont de glace, il peut parfois s’écouler 1 mois et demi… Prêts à tenter l’aventure ? 😉

À 200 mètres de marche après le bout du camping provincial se trouve Paddlewheel Graveyard, un cimetière de bateaux à roue arrière. Il est supposé se trouver 6 ou 7 bateaux ici selon les sources, mais nous n’en avons « trouvé » que 4 ou 5, leur état ne permettant pas d’être sûr ^^ Leur abandon sur les lieux, entre 1904 et 1928, date d’avant le retrait du service des navires lié à la construction de la route. On distingue aisément les restes d’une chaudière, d’une cheminée, et des morceaux de coque et de ponts. Pour le reste, il faudrait être expert 😉

Paddlewheel Graveyard
Paddlewheel Graveyard
Paddlewheel Graveyard, West Dawson
Paddlewheel Graveyard

Territoire traditionnel de la Première Nation Tr’ondëk Hwëch’in

Le hasard fait que nous sommes arrivés à Dawson City en pleine célébrations du 25ème anniversaire du traité permettant à la Première Nation Tr’ondëk Hwëch’in d’établir son gouvernement. Cette nation occupait le site de la ville depuis des milliers d’années lorsque débarquèrent les colons attirés par la quête d’or, mais il faudra attendre 1998 pour que leurs droits d’administrer leur territoire ancestral soient reconnus.

Dawson est bien une « vraie » ville, pas seulement un musée à ciel ouvert !

Midnight Dome

Dernier jour à Dawson, 21h30 : quelle meilleure idée que de monter au Midnight Dome, une colline de 800 m de haut qui offre des vues sur la ville, sur le fleuve Yukon, et sur la rivière Klondike ?

Deux options se présentent à nous : démarrer la voiture pour 7 km sur une route dans un état inconnu, ou sortir nos chaussures de randonnée pour une montée escarpée et mal indiquée de 3,5 km (dénivelé supérieur à 400m). On choisit évidemment la seconde option ! Il faut dire que partir en randonnée à 22h, sans lampe, ça n’arrivera pas souvent.

On peste, on se fait violemment attaquer par les moustiques, mais la vue au sommet valait l’effort.

Le Yukon arrose Dawson City
Midnigth Dome
Du côté de la rivière Klondike, les mines anciennes et actuelles ont laissé des traces dans le paysage
Dawson City. En orange à g., l’école, dont la couleur a été choisie par les enfants.
Retour au niveau du sol ! Il est 0h30, tout va bien 😉

On apprend là-haut que, même le 21 juin, le soleil se couche bel et bien à Dawson, pour ne réapparaitre que 2h plus tard. 64° parallèle nord, cela ne suffit pas pour assister au spectacle du soleil de Minuit. Ceci étant, la luminosité est plus que suffisante toute la nuit pour y voir clair, même en cette mi-juillet 😉 . Il n’y a qu’aux alentours de 3h du matin qu’on se dit que, quand même, il fait un peu plus sombre qu’en pleine journée ^^

Comme un bilan ?

Dawson City, il est déjà temps de partir…

Derrière le coté touristique, il s’agit d’une vraie petite ville, avec ses résidents permanents. On aurait sans doute pu se plaire quelques semaines dans cette ambiance reculée, mais où la civilisation arrive chaque jour par camions. Contrairement à la capitale du Territoire, Whitehorse, Dawson City semble conserver l’esprit du Yukon, à la parfaite contradiction entre l’exploitation minière qui « mange » les montagnes, et l’accès aux grand espaces.

Si, en ce début juillet, nous nous amusons de l’absence de nuit, en hiver le soleil n’apparaît pas durant 6 semaines : de quoi faire réfléchir avant de décider d’y vivre à l’année !

125 ans après la ruée vers l’or, les mines sont toujours le principal secteur d’activité, talonné par le tourisme.

Il est 23h30 à Dawson City

Nous sommes arrivés peut-être un peu trop tard dans la saison pour voir passer des offres d’emploi intéressantes. Si l’on va continuer à prospecter à distance, c’est un peu sans trop y croire. Surtout que, au vue de la pénurie de logement à Dawson et des tarifs pharamineux du camping (61$ + 3$ de douche !), il est indispensable de trouver un emploi hébergé.

C’est donc avec une pointe de regret, ou plutôt un sentiment d’inachevé, que nous quittons la ville la plus au nord du Yukon, dernière frontière accessible par la route.

Bye bye Dawson City ! 😥

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