Autour du Parc national du Gros Morne

Petit point lexical : nous avons quitté le Québec (hé oui !), donc les parcs nationaux sont réellement nationaux et non provinciaux : ils sont gérés par Parcs Canada. Les parcs provinciaux s’appellent ici, simplement : parcs provinciaux (Provincial Parks). Ça peut sembler évident dit comme ça ^^. Autre point, on passe à l’anglais, donc les noms de ville et lieux perdent les traits-d’unions systématiques entre chaque mots.

Il faut passer par une journée dominée par la route pour descendre la péninsule Great Northern jusqu’au Parc National du Gros-Morne : prévoir 3h30 au plus court pour parcourir les 350 km depuis Saint-Anthony.

Quelques arrêts sur la route

Nous ajoutons là-dessus à mi-chemin une première pause à Port au Choix, et plus particulièrement autour du phare de Point Riche.

Si nous ratons les randonnées alentours, nous déambulons quand même quelques instants sur la plage rocailleuse en contrebas.

Phare de Point Riche, Port au Choix

Plus loin, c’est au Parc provincial des Arches que nous stoppons. Pour tout parc, il s’agit d’une zone autour d’une formation rocheuse creusée par la marée. Esthétique, et ça le serait davantage encore si la plage attenante n’était pas jonchée de tout genre de débris en plastique…

Arches Provincial Park

Nous entrons dans la zone nord du Parc National du Gros-Morne, les montagnes enneigées de la chaîne des Long Range commencent à apparaitre malgré le plafond nuageux assez bas. On est à l’extrême nord-est du massif des Appalaches.

Nous passons Cow Head et son ancien petit phare. L’arrêt est loin d’être indispensable, mais le sentier prend moins de 30 minutes à parcourir et permet ainsi de se dégourdir quelque peu les jambes.

Cow Head

Green Point

Peu avant d’atteindre Rocky Harbour, l’occasion nous est donnée par la marée de faire un arrêt vraiment impressionnant à Green Point. Particulièrement visible à marée basse, on accède à des couches de roches successives, formées à l’époque de l’ancien super-océan Iapétus, il y a environ 485 millions d’années (quand même !). Ces strates se sont déplacées pour se mettre de nos jours quasi-verticalement. La lecture du plus ancien au plus récent se fait de droite à gauche. De plus, divers fossiles ont été retrouvé à Green Point, qui servent de point de référence mondial pour délimiter les périodes géologiques dites du Cambrien (-542 à -485 millions d’années) et de l’Ordovicien (-485 à -443 Ma).

Secteur Rocky Harbour (centre)

Nous sommes tout proche du mont Gros Morne lui-même. Avec ses 806 m de haut, il est le deuxième plus haut sommet de Terre-Neuve. Le nom « Gros-Morne » provient de l’époque où les Français pratiquaient la pêche le long de la côte. En créole, un « morne » désigne une colline arrondie et isolée.

Point de vue avant le pont qui mène au stationnement du sentier d’Approche

Autour de la municipalité de Rocky Harbour, notre choix premier se portait sur le sentier d’Approche du Gros-Morne. 4,5 km aller simple, cela semblait réaliste. C’était sans compter la neige en train de fondre dans les sous-bois : il devient rapidement difficile d’avancer à un rythme correct lorsqu’on s’enfonce jusqu’aux mollets à chaque pas. On comprend soudain pourquoi avril est déconseillé pour randonner 😉 Nous persistons jusqu’au pont qui est conseillé comme point de demi-tour possible (1h45 pour faire 2,4km !). L’idéal est même de continuer encore 5 minutes pour profiter d’un point de vue sur les sommets alentours.

Sentier d’Approche du Mont Gros-Morne
Chute d’eau sur la rivière Crow Gulch

Coté météo, on est passé en 2 heures de la bruine au plein soleil, passant par quelques flocons un instant, des nuages à nouveau, et le retour du soleil. On a alternativement chaud et froid, vive le vent !

Cela nous libère du temps pour nous rendre à Norris Point, qui offre de parcourir le petit circuit dit Burnt Hill, avec vue sur la baie Bonne (Bonne Bay) et, de l’autre coté, les plateaux des montagnes Tablelands (721 m). Le retour le long de la baie en particulier laisse place à la quiétude. Historiquement, c’est ici que James Cook a débuté sa carrière de cartographe, plusieurs années avant d’être nommé capitaine et de partir vers les mers du Sud cartographier la Nouvelle-Zélande pour la première fois…

Le mont Tablelands est bien visible de l’autre coté de la baie Bonne
sentiers Burnt Hill, Norris Point
Norris Point
Rocky Harbour Pond et la chaine des Long Range

On en profite aussi pour prendre le temps de remonter à Lobster Cove et son phare. Quelques chemins partent de là et descendent vers le rivage. C’est rapide et c’est joli !

Le phare et la maison du gardien, Lobster Cove Head
Vue sur Rocky Harbour depuis Lobster Cove Head
Point Yellow, Lobster Cove Head

Secteur Woody Point & Trout River (sud)

Direction le sud de Bonne Bay : il faut pour cela contourner les deux fjords de la baie intérieure que sont East Arm et South Arm, creusés pas deux glaciers voici 10 000 ans et atteignant une profondeur de plus de 200 mètres ! L’eau du fond est à -1°C, à la limite du gel (-1,6°C pour l’eau salée), peuplée d’espèces endémiques. Par la route, cela représente un peu plus de 70 km depuis Rocky Harbour pour atteindre le joli petit village de Woody Point (env. 350 habitants). En bordure de la baie Bonne, on y vie de la pêche et du tourisme. L’ancien phare de 1959 a remplacé le premier modèle de 1919, une période ou la route n’existait pas et où la navigation était primordiale.

Woody Point : le phare de 1959
En bordure de Bonne Bay, Woody Point
Woody Point

Nous partons sur le sentier Lookout trail, situé à moins de 2 km de la sortie du village. D’une longueur de 5,8 km aller-retour pour un dénivelé de 363 m, il est supposé offrir des panoramas magnifiques sur les montagnes Tablelands, le mont Gros-Morne, les collines Lookout et la baie Bonne. Premier constat : comme la veille, la neige semi-fondue rend l’ascension relativement laborieuse. Surtout, alors que nous montons, le sommet accroche un gros nuage qui ne le quittera plus ! C’est raté pour le spectacle au sommet, mais les vues en montant valaient bien la peine (et puis, la montée dans la neige sur un sentier mal balisé, c’était bien rigolo ! -sauf pour nos pieds qui ont fini trempés).

Vue sur les Tablelands depuis le sentier Lookout
C’est parti pour la descente ! Mission : retrouver nos traces.
Les joies de la randonnée en avril 😆
Malgré les chaises rouges de Parcs Canada, la vue du sommet n’est pas toujours la meilleure 😉

Au bout de la péninsule, face au Golfe du Saint-Laurent, se trouve Trout River, un petit village de pêcheur de 600 habitants. Pas de réseau de téléphonie cellulaire, mais quand même un Liquor Express (magasin d’alcools équivalent du SAQ québécois), on valide le sens des priorités ! 😉

Début de soirée à Trout River
Trout River
Trout River

C’est sans ce lieux paisible -mais venteux- que nous passons deux nuits et que nous revoyons nos plans. En effet, plusieurs petits chemins sympathiques encadrent le village : plutôt que de partir sur la randonnée de Green Gardens, reconnue comme l’une des plus belles du parc en été, nous restons dans le secteur et marchons vers le petit phare de Trout Tiver sur le sentier dit Lighthouse/Old Man Trail, ainsi que de l’autre coté de l’anse sur le Eastern Point Trail. Deux petits sentiers de moins de 2 km aller simple chacun depuis le village. Véritablement, un paisible petit village, même si on a parfois l’impression de se faire dévisager bizarrement par certains automobilistes.

Le village depuis le Eastern Point Trail
Le village et la plage depuis le départ du Eastern Point Trail
Autour de Trout River

Avant de quitter la région, nous parcourons quand même le sentier des Tablelands (4 km). On peut fouler ici le manteau terrestre qui se fut jadis formé sous un océan. 400 millions d’années plus tard, la neige est de la partie, mais ne nous empêche pas de profiter pleinement de ce paysage rare. Les roches couleur rouille sont omniprésentes. Manteau terrestre et manteau blanc, on savoure 😉 Malgré la neige sur le sentier, on fait l’aller simple en environ 45 minutes. Il est même possible de continuer ensuite un peu sur la portion non-tracée.

L’été, le contraste avec la verdure des versants alentours doit être impressionnant. En effet, la végétation est rare de ce côté-ci : non seulement le sol ne contient aucun élément nutritif et les vents sont souvent forts, mais en plus les métaux et roches issus du manteau terrestre (péridotite, serpentine, basalte, gabbro) sont toxiques pour la plupart des plantes. Ces roches sont d’ailleurs d’une densité importante : les panneaux nous invitent à les peser dans nos mains un instant pour bien ressentir que leur masse est inhabituelle.

Vue sur les plateaux des Tablelands peu après le départ du sentier
Le Mont Gros-Morne depuis le sentier des Tablelands

C’est sur cette dernière note très positive, ensoleillée juste ce qu’il faut, que nous quittons momentanément la côte ouest de Terre-Neuve.

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