La péninsule Avalon : un iceberg, Ferryland et Placentia

La péninsule d’Avalon, sur laquelle réside plus de 50 % des habitants de Terre-Neuve, n’est pas constituée de la seule St. John’s. Bien que nous n’en emprunterons qu’une infirme portion, la boucle touristique dite de l’Irish Loop permet d’en découvrir d’autres aspects. Au vu des intérêts de ce début mai et du fort brouillard qui s’est installé, en plus du vent qui persiste, nous nous concentrons sur les deux plus grandes communautés de la péninsule après la capitale : Ferryland, à l’est, et Placentia, à l’ouest. Toutes deux ont un passé dans lesquels s’entremêle Basques, pêche à la morue, frictions entre la France et l’Angleterre, raids de corsaires, et finalement, après l’accalmie, une immigration majoritairement irlandaise.

Lorsqu’on roule à travers la péninsule, on se rend compte à quel point les lacs sont les vrais maîtres des lieux. Comme une vague ambiance d’Écosse, mais sans Nessie !

Un iceberg à Ferryland

Mais d’abord, quoi de plus majestueux que ces immenses blocs de glace venu achever leur vie au large de la côte terre-neuvienne ?

Ferryland

Si le vent souffle moins fort que les jours précédents, il est bien présent malgré tout. Ce qui offre un avantage inattendu en l’alternance ininterrompue de brouillard / soleil. La cité de Ferryland, l’iceberg et les îlots environnants se voilent et se découvrent alors que l’océan passe de sombre à azur.

De part et d’autre de Ferryland Harbour
Il subsiste encore aujourd’hui un vrai petit port de pêche à Ferryland
Ferryland depuis le sentier qui mène au phare

Ferryland : Colony of Avalon et le phare

Les vestiges archéologiques de la Colony of Avalon témoignent de la première occupation de ces lieux par les européens, ce dès 1621. Les raids français mènent à l’abandon de la colonie par son fondateur, Lord Baltimore, en 1629, mais le site restera occupé. L’accès est libre en cette saison, même si évidemment, sans visite historique on est obligé de faire davantage d’effort pour imaginer la vie telle qu’elle pouvait l’être pour une petite communauté obligée de vivre en autonomie. Malgré le climat et le sel, des tentatives de potager furent menées avec succès !

Colony of Avalon

Au bout de la petite bande de terre se dresse le phare de Ferryland, en service de 1871 à 1970. Malheureusement, l’accès est impossible en ce début mai, la fin du sentier est surveillé par des agents : quelque chose se trame un peu plus loin (travaux ? tournage d’un film ? nous n’aurons pas de confirmation).

Accès impossible également au Parc Provincial de La Manche à une dizaine de kilomètres au nord de Ferryland. Décidément !

Nous repartons heureux d’avoir pu voir ce -probablement- dernier iceberg de notre périple à Terre-Neuve et, c’était inattendu, d’avoir pu accéder aux vestiges de la colonie. Heureusement, car avec un peu plus d’une heure de route depuis St. John’s pour 77 km, l’inaccessibilité inopinée des autres point d’intérêt nous aurait un peu laissé sur notre faim ! Il semble que, contrairement au reste du territoire, sur la péninsule d’Avalon et la région de St. John’s, fermeture pour la saison signifie aussi accès interdit… 🙁

Ferryland, sentier d’accès au phare
Ferryland Harbour et ses petites îles

Placentia, à l’ouest de la péninsule

À l’opposé, sur la côte ouest de la péninsule, se dresse Placentia, que les francophones se plaisent à nommer Plaisance.

C’est ainsi que s’appelait vraiment la ville avant l’arrivée des britanniques en 1713. En effet, alors que les Basques fréquentaient ces lieux dès le XVIè siècle, mais seulement de manières saisonnière pour y pratiquer la pêche et le séchage de la morue, ce sont les français qui s’y installèrent de manière pérenne à partir de 1662, sur décision de Louis XIV. Il faut dire que l’enjeu du contrôle de la pêche était de taille ! Mais les termes du traité d’Utrecht feront passer la ville aux anglais et, à partir de 1714, certains colons s’installeront définitivement. Signe de l’importance de la colonie, le futur roi d’Angleterre William IV y sera lui-même lieutenant-gouverneur en 1786. Mais c’est finalement de l’immigration irlandaise du XVIIIè siècle que sont issus la plupart des 3 500habitants actuels -population bien loin de la période faste où Plaisance était la rivale de St. John’s au titre de capitale !

Placentia et son Lift Bridge

Témoin de ce passé, les ruines du fort Castle Hill se dressent toujours sur le point culminant du secteur. Malheureusement pour nous, la visite n’est possible que de juin à septembre et, bien que l’accès puisse se faire par le joli sentier à l’arrière qui traverse la forêt humide, les panneaux explicatifs ont tous été démontés.

Du sommet de Castle Hill, on peut voir presque toute la ville

En contrebas c’est le Fort Saint Louis, dont une partie des vestiges a été exhumée après diverses fouilles archéologiques, qui précède le pont levant menant aujourd’hui au centre-ville de Placentia. Face à l’océan d’un coté, encerclée par un bras de mer de l’autre, cette petite bourgade est entourée de plusieurs montagnes plongeant dans l’océan. Autre vestige de l’histoire, l’ancienne scierie est bien mal mise en valeur…

Avant que la voie ferrée ne fut construite au début du XXè siècle, c’est d’ici que partaient les ferries, seul moyen permettant de desservir la façade ouest de la province de Terre-Neuve. Aujourd’hui, c’est à quelques kilomètres de l’autre côté de la baie, à Argentia, que partent les successeurs de ces ferry, en direction de la Nouvelle-Écosse… du moins entre juin à octobre ! Et voilà pourquoi, de notre coté, nous repartons plein ouest, rouler un peu plus de 800 km direction Channel-Port-aux-Basques, afin de rejoindre le continent. Nous ratons ainsi Saint-Pierre-et-Miquelon, dernier vestige actuel de l’étendue passée des installations françaises dans la région. Un regret, sans doute, mais il faut bien faire des choix !

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