Une journée à Matane : c’est ce que nous avions prévu avant de prendre le traversier vers Baie-Comeau, situé sur la rive opposée de l’estuaire du Saint-Laurent. Avec un peu moins de 14 000 habitants, Matane est la dernière ville sur la route 132 avant d’arriver en Gaspésie.
Alors, pourquoi ne pas pousser jusqu’à la Gaspésie, cette partie du Québec probablement la plus connue pour ses paysages ? Tout simplement parce que, en plus des recommandations qui nous incitent à éviter le mois d’avril pour les randonnées (recommandation dont, avouons-le, on n’a heureusement pas tenu grand compte jusque là), s’ajoute une pénurie énorme de logement. Impossible de dormir dans la voiture lorsque les températures nocturnes descendent encore jusqu’à -8°C, et les quelques très rares hébergements ouverts avant le début de la saison estivale sont tout simplement hors de prix.

Matane
La ville de Matane nous a semblé un brin décevante. Non pas qu’on en attendait grand chose, mais elle est quand même plutôt bruyante et finalement assez peu esthétique.
Relevons quand même la Promenades des capitaines qui longe la rivière Matane jusqu’à ce qu’elle se jette dans le St-Laurent. Ça y est, on retrouve les mouettes ! Quelques peintures relatent les grandes étapes qui ont menées à la construction de Matane et ses heures de gloire lorsque la ville était le principal port de desserte de la Côte-Nord avant que la route n’y aille. Heure où la principale activité consistait à raser des forêts entières pour en faire de la pulpe à papier ou exporter le bois vers l’Europe… Difficile de juger les agissements d’il y a 200 ans, mais on peu quand même s’interroger.


Sur un autre registre, le Parc des Îles est probablement agréable lorsque le printemps est plus avancé : avec la neige, on ne perçoit même pas les îles !

Coté resto, nous avons la chance de manger à La Fabrique, où Amandine prendra sa « meilleure poutine » et Olivier des moules plutôt très correctes. Surtout, il s’agit d’une micro-brasserie, on ne peut que vous recommander la Stout au poivre et la Rousse à l’érable !
Nous finissons cette journée à Matane par son ancien phare de 1906, qui fut en service jusqu’en 1951 (date où l’automatisation le mis en retraite). Joli, mais malheureusement placé tout au bord de la route avec peu d’explications : ici comme à tant d’endroits, la visite du site ne se fait qu’entre juin et septembre… On y apprend cependant les facettes du métier de Gardien. Ici, comme à Pointe-au-Père, les gardiens vivaient sur place dans une maison distincte, mais surtout avec leur famille.

Traverse Matane – Baie-Comeau
Les presque 60 km de traversée de l’estuaire du St-Laurent se font à bord du NM F.-A.-Gauthier de la STQ (Société des Traversiers du Québec) en 2h20. Nous avons croisé les doigts pour que la traversée ne soit pas annulée en raison des forts vents : ouf, nous traversons bien au jour et à l’heure dite. Un petit 35 km/h de vent et, malgré les rafales à 60km/h, les vagues restent très raisonnables. Par contre les sorties sur le pont extérieur sont assez… fraiches !


Nous foulons ainsi à nouveau la rive gauche du fleuve, environs 300 km au nord de Québec. Retour également dans la région de la Côte-Nord, que nous avions seulement effleuré en octobre dernier en nous promenant à Tadoussac.

Baie-Comeau, ville industrielle
Nommée d’après Napoléon-Alexandre Comeau (1848-1923), naturaliste, la ville est la deuxième plus peuplée de la Côte-Nord après Sept-Îles, avec environ 21 500 habitants.
La ville a peu d’intérêt touristique. Elle est cependant importante comme étant le point de départ de la route 389 qui mène au Labrador, en passant par les gigantesques barrages hydroélectriques de Manic 3 et surtout Manic 5 qui font la fierté d’Hydro-Québec. On parle de 215 km au nord pour Manic 5, nous ne pousserons donc pas jusque là, bien qu’on serait alors tout proche de « l’œil de Québec », ce gigantesque cratère visible sur les cartes qui nous avait intrigué à bord de l’avion en arrivant au Canada.


Plus proche de Baie-Comeau, nous passons devant le plus modeste barrage Manic 1, situé au bord de la route 138. Il est le plus petit des 7 barrages du complexe issu du Projet Manic-Outardes érigées durant la période dite de la Révolution Tranquille, au tournant des années 1960. Nous passons également au village de Chutes-aux-Outardes voir les restes de l’ancienne centrale Outarde 1 de 1937, qui fut remplacée par les 3 centrales Outardes 2, 3 et 4 du projet.

Baie-Comeau, entre estuaire et forêt boréale
Au sortir du traversier et après prise de possession de notre hébergement pour les 2 nuits, nous partons nous dégourdir les jambes au Boisé de la Falaise. Une portion du Sentier des Embruns y passe, et il aurait vraiment été dommage de rater ça : le fleuve forme ici comme un lac, juste après que la rivière Manicouagan ne s’y jette. Une petite plage et des épinettes complètent le paysage. Vraiment beau !


Sentier des Embruns – Tronçon 5
Il n’y a pas véritablement de mot pour décrire l’ambiance que dégage la forêt boréale. Alors, quant on l’associe à l’estuaire du fleuve Saint-Laurent, elle le sublime, mais il n’y a toujours pas de mot !

C’est ce que nous constatons en prenant une autre portion du Sentier des Embruns le lendemain. Longeant la petite rivière Amédée après avoir pris la passerelle du même nom, cette portion nous mène ensuite jusqu’en bordure de l’estuaire. Les épinettes noires, les sapins baumier, les pins gris, les bouleaux à papier et les peupliers faux-tremble se fondent harmonieusement avec la roche.



Un must en ce début avril ensoleillé !


Pointe-aux-Outardes
Distant d’un peu plus de 20 minutes de route depuis Baie-Comeau, le Parc Nature de Pointe-aux-Outardes se trouve au bord de l’estuaire du Saint-Laurent, à la croisée de l’embouchure de la rivière aux Outardes. Les sentiers du parc ne sont pas entretenus hors-saison, ce qui offre l’avantage d’une faible fréquentation et de sa gratuité, au détriment d’un cheminement plus hasardeux.



Avant d’y parvenir, il faut d’abord traverser le village de Pointe-aux-Outardes, où les habitations sembles conçues uniquement pour être fonctionnelles. Plusieurs dizaines de personnes ont les pieds dans le fleuve à marée basse, probablement à la recherche de coquillages.

Une fois arrivé au parc, nous nous engageons sur le sentier Le Contemplatif (1,8 km) qui longe l’estuaire après s’être un peu enfoncé dans les bois. Avec la couche de neige, il n’est pas toujours évident de déterminer où est le sentier, et l’on s’enfonce vite de plusieurs centimètres… mais heureusement, des personnes en raquettes nous ont précédé, ce qui nous permet de placer nos traces dans les leurs. La boucle termine par les dunes qui surplombent l’estuaire. Magique.





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