A une journée de la fin de notre quarantaine, le couperet tombe : l’Argentine toute entière entre en confinement. Jusqu’au 31 mars, dans un premier temps, la période est allongée au 12 avril.
Nous n’avons pas d’autre choix que de nous y conformer ! Notre propriétaire Airbnb est compréhensif et nous pouvons rallonger notre séjour chez lui sans difficulté (et puis, ça l’arrange bien d’avoir quelqu’un qui paye, alors que tous les voyages sont interrompus). Assez rapidement, nous commençons à communiquer avec une dizaine d’autres français, eux aussi « coincés » à Ushuaia. Rester, ne pas rester, telle sera la question éternelle à chaque fois qu’une proposition apparaîtra. Des jours entiers à remettre en question un choix, ou plutôt, à faire des paris sur l’avenir. D’abord non-inscrit sur le registre des français qui souhaitaient rentrer au pays, nous avons fini par le faire…
Finalement, alors que même les lignes aériennes intérieures sont arrêtées et que l’Ambassade de France en Argentine propose de nous ramener à Buenos Aires par bus, nous nous rendons à l’évidence : mieux vaut partir. Rester serait un pari trop audacieux dans un pays où les hôpitaux manquent de respirateurs et où le système de santé n’est pas dimensionné pour encaisser une éventuelle surcharge. Tout étant fermé (parcs nationaux et tourisme à l’arrêt bien sûr, mais aussi la frontière chilienne, seule échappatoire nous permettant de quitter la Terre de Feu par la route), rester n’aurait que peu de sens. Malheureusement, une potentielle crise économique en Argentine pourrait avoir des conséquences qu’il vaut mieux ne pas avoir à affronter…
Au programme de ces 16 jours de confinement :
- se faire des matés (boisson typique argentine, disons que ça ressemble de loin à un thé très amer, mais c’est évidemment ici bien plus que ça !) ;
- cours de yoga par Youtube pour Olivier, danse pour Amandine ;
- jeux de société en ligne à défaut d’avoir les vrais sous la main ! ;
- leçons d’espagnol pour Olivier ;
- faire les courses, seule sortie autorisée… Amandine aura la chance immense de se faire questionner par un policier alors qu’elle tentait de payer avec la carte au nom d’Olivier ;
- échanger avec d’autres français ;
- lire la presse argentine et essayer d’en comprendre un maximum…. Clarin (en espagnol), BATimes (en anglais), et El Diario del Fin del Mundo pour les infos locales ! ;
- suivre la page Facebook de l’Ambassade de France en Argentine et les états d’âmes du groupe Les Français en Argentine ;
- goûter les bières (Quilmes Stout et Beagle Stout approuvée !) et tester les vins rouges (Malbec bien entendu) ;
- mine de rien, une vue pas désagréable sur le Glacier Martial, à observer les aller-venues de la neige qui, parfois, est tombée la nuit sur les hauteurs.

Lundi 30 mars au soir, nous apprenons que le bus affrété par l’ambassade arrivera le lendemain matin à 11h. Avant qu’il ne soit décalé à 13h. Pour, finalement, partir à 3h du matin dans la nuit du premier avril…. Retour en France prévu par le vol Air France spécial du 3 avril, peut-être le dernier organisé depuis l’Argentine avant un long moment… Nous « rentrons », si tant est qu’on puisse le dire ainsi alors que nous n’avons plus de logement, mais ce sera pour mieux repartir !
En cette soirée du 31 mars, il est temps d’accepter nos quelques 50 heures du bus, longeant la Ruta 3 dont nous avions vu le panneau final. Plus de 3 000 km en bus non-stop jusqu’à Buenos Aires, près du tiers du continent sud-américain (à l’échelle de l’Europe, imaginez un Paris-Moscou et rajoutez-y encore 200 km !). Mais, d’abord, se promener 30 minutes dans les rues d’Ushuaia entre 2h et 3h du matin en plein confinement, avec pour seule autorisation un e-mail de l’ambassadrice sur le téléphone…

Amérique du Sud… Quand nous écrivions il y a quelques semaines ne pas savoir ce que tu allais nous réserver, nous ne nous attendions pas à ça !
A suivre….